Billet d’humeur – Voyager sans blog, sans projet, sans compte Instagram : est-ce encore possible ?

Billet d’humeur – Voyager sans blog, sans projet, sans compte Instagram : est-ce encore possible ?

Zip World a fêté ses 8 ans fin 2018. Depuis 8 ans, nous suivons nos voyageurs autour du monde grâce à leurs blogs et leurs réseaux sociaux, mais cela va sans dire, c’est avec le temps de plus en plus aisé, de plus en plus fréquent, de plus en plus commun. Facebook, Twitter, Instagram, Snapchat, par quoi diable sommes-nous poussés pour souhaiter à tout prix « partager » notre ou nos voyages avec l’océan du web au grand complet ?

Est-ce purement et simplement altruiste ? Est-ce un besoin de prouver à tout prix que notre vie, à nous aussi, est formidable (ou mieux que celle des autres) ? Chez Zip World, nous nous sommes permis cette question, puisque la personne qui écrit présentement ces lignes a voyagé autour du monde en 2013, avec un blog, de nombreux followers, et toute la panoplie de réseaux sociaux qui va avec. Six ans plus tard, avec le recul, cette personne-là se demande si elle n’est pas passé à côté de quelque chose en voyageant aussi un peu, parfois, pour ses « spectateurs ».

(photo : Cristina Gottardi

Il lui a fallu du temps pour l’admettre ; mais oui, elle a parfois refusé une visite ou ignoré une potentielle belle rencontre, parce qu’il « fallait » écrire sur le blog ou terminer le montage de sa dernière vidéo. Avec le recul, elle s’est demandé si elle avait réellement voyagé pour elle, ou bien pour satisfaire les autres. Il s’agit sans doute d’un mélange des deux. Mais lorsque l’on voyage avec un projet si grand que celui de maintenir en vie un blog et des réseaux sociaux avec les Wifi capricieux que l’on connaît dans certains coins du monde, il y a de quoi se poser la question.

Aujourd’hui, cette personne-là croit qu’il y avait à l’époque, outre l’envie de flatter son égo, un besoin de justification. Si aujourd’hui, de plus en plus de jeunes (ou de moins jeunes) choisissent l’option de l’année sabbatique après des études ou en plein milieu de carrière pour faire une pause, c’était un peu plus marginal il y a six ans. « Quitter un CDI ? En pleine crise économique ? » Elle a senti dans l’intonation des gens autant d’admiration que de jugement, parfois. Si ces derniers ne l’ont pas exprimé ainsi, certains ont pensé à de l’égoïsme ou de la paresse, pour avoir songé à quitter la machine infernale du consumérisme et de l’individualisme pour un temps. Aujourd’hui, prendre soin de soi (et de ce qui nous entoure) est revalorisé. Preuves en sont, l’explosion du yoga ou de la méditation dans nos vies à mille à l’heure, l’intérêt – essentiel mais malheureusement trop récent – pour la protection de la planète. Voyager, en quête de sens ou de solutions pour vivre mieux, est mieux accueilli, même s’il y aura toujours des gens pour oser dire ou penser le contraire.

(photo : Tiplada Mekvisan)

Il y a quelques années, une voyageuse Zip World a fait le choix de stopper la mise à jour de son blog, après que l’un de ses articles ait fait un buzz immense. Son explication : « j’ai senti que si je continuais ce blog, mon voyage allait m’échapper. J’avais rencontré des blogueurs sur la route et je me rendais bien compte qu’ils vivaient leur voyage un petit peu en fonction de leur blog. Je ne voulais vraiment pas ça, j’ai pris conscience que je n’étais pas partie pour ça, je n’étais pas partie pour les autres, j’étais partie avant tout pour moi. Je voulais vivre les expériences pour moi, pour grandir, pour apprendre. J’ai alors vu mon blog comme un frein à ma liberté. »

Ce n’est pas la seule. Tous les voyageurs « blogueurs » ont rencontré sur la route des voyageurs sans blog, sans réseaux sociaux ou presque, ceux que l’on qualifie aisément de vrais aventuriers, car ils vont et viennent au gré de leurs envies et de leurs rencontres, réellement. Comme si les événements de leur « vraie vie » ne pouvaient interférer avec ce qu’ils vivent désormais, comme si rien ne pouvait troubler leur nouvelle existence faite d’aventures et d’imprévus. Ces voyageurs-là, qui ne se raccrochent à rien de leur « vie d’avant » (comme un blog, des followers, des réseaux sociaux), eh bien cette fille qui a voyagé en 2013, elle les a admirés et s’est demandé 1001 fois pourquoi, elle n’était pas, elle aussi, capable de faire ça.

Crédit photo à la une : averie woodard

Written by Anne

Voyageuse, amoureuse des mots, de l'image et des autres humains en général, Anne a rejoint l'équipe Zip World après avoir pris le temps de voyager autour du monde en 2013 à la rencontre des Français de l'étranger, dont elle livre les portraits sur son blog personnel : www.allervoirailleurssijysuis.fr

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