Interview voyageur : les conseils de Vincent, backpacker en solo autour du monde

Interview voyageur : les conseils de Vincent, backpacker en solo autour du monde

Vincent fait partie de ces voyageurs en solo, qui envisageaient en tout premier lieu une expatriation. Très vite, cette envie d’expérience à l’étranger s’est transformée en un voyage autour du monde. Vincent ne sait pas exactement combien de temps son voyage durera ; il se laisse surprendre. Son itinéraire Zip World – initialement prévu pour un an – est le suivant : Paris – Kilimanjaro // Dar Es Salaam – Johannesbourg – Hanoi – Denpasar – Perth // Sydney – Christchurch // Auckland – Rarotonga – Papeete – Tokyo – Honolulu – Belize City // Quito – Galapagos – Quito // Santiago – Île de Pâques – Santiago // Rio de Janeiro – Miami – Paris.

Un beau parcours, qu’il juge lui-même ambitieux compte tenu du nombre de pays qu’il est amené à traverser. Mais qu’importe, Vincent a une vie devant lui. Et il nous livre aujourd’hui ses conseils et sa vision de la vie et du voyage…

Salut Vincent, pourrais-tu nous dire qui tu es ?
Je m’appelle Vincent, prénom relativement imprononçable pour les non-francophones… Je suis originaire de la région parisienne, où je vivais jusqu’à mon départ. Avant de partir, je travaillais dans l’informatique, au sein d’un institut d’études et de sondages. Mes passions ; le sport en général, le tennis en particulier, la musique en général, le rock en particulier, je m’essaie à la batterie, difficilement. Concernant les voyages, hormis un voyage aux Etats-Unis il y a 3 ans, j’ai surtout voyagé en Europe (Canaries, Iles Lofoten en Norvège, Laponie l’hiver dernier, capitales européennes…). J’ai 34 ans, mais visiblement j’en parais moins. A vrai dire depuis mon départ on ne m’a pas donné plus de 28 ans, donc je subis un décalage horaire de -6 ans, une vraie cure de jouvence ! 🙂

Vincent à Ngorongoro, TanzanieVincent au Ngorongoro, Tanzanie

Actuellement, tu voyages tout seul autour du monde. Comment s’est construit ton projet ?
Mon projet s’est construit par étapes. A la base je voulais surtout partir à l’étranger, me lancer ce défi, moi qui ai toujours vécu en France. Etant un peu âgé pour postuler aux PVT et autres, je me suis dit que tant qu’à partir, autant « faire ça bien » et donc le projet de tour du monde est venu. Au départ, 1 an, puis finalement 15 mois, au bout desquels on verra si ça ne sera pas plus…
Plus concrètement, j’ai fait au départ une liste des pays qui m’intéressaient. Liste que j’ai dû réduire, par élimination au fur et à mesure pour que cela puisse être réalisable. J’ai longuement étudié les offres de billets tour du monde, les saisons/conditions météo de chaque pays… afin de réaliser un itinéraire à peu près cohérent. […] J’avais quelques incontournables tout de même : faire un safari en Afrique, faire de la plongée en Thaïlande/Indonésie entre autres, être à Sydney pour le jour de l’an et à Melbourne pour l’Open d’Australie de tennis, aller en Nouvelle-Zélande, à Tahiti, au Japon, au Costa Rica, aux Îles Galapagos, à l’Île de Pâques, être à Rio pour les jeux Olympiques de 2016, et visiter la côte ouest des Etats-Unis/Canada.

Quels pays prévois-tu de visiter alors ?
Mon choix définitif s’est donc porté sur l’itinéraire suivant : Tanzanie – Afrique du Sud (et Swaziland) ; Vietnam – Cambodge – Thailande – Indonésie ; Australie – Nouvelle-Zélande – Îles Cook – Tahiti – Japon – Hawaï ; Bélize – Guatemala – Costa Rica – Panama ; Colombie – Equateur – Pérou – Bolivie – Chili – Argentine – Brésil ; Etats-Unis – Canada. Le tout en 15 mois, ce qui est vraiment très court pour autant de pays. J’en avais conscience avant mon départ, mais je m’en rends encore plus compte après quelques mois. Ca a des bons côtés puisqu’on ne s’ennuie pas, mais ça peut être usant par moments et donner l’impression de ne pas s’immerger assez dans la vie d’un pays.

Vincent à Sydney, AustralieVincent à Sydney, pour le Nouvel An

A ce jour, aucun billet « tour du monde » ne permet de voyager plus d’1 an. Comment as-tu contourné cette exigence ?
En effet, dans mon itinéraire actuel, un billet Rio-Miami-Paris est prévu. Mon projet est de prendre le vol Rio-Miami et de rester aux Etats-Unis pour continuer mon voyage. Je prendrais un vol retour pour la France à une date ultérieure, en dehors du billet tour du monde… A moins que des obligations personnelles ne me forcent à revenir en France au bout de 12 mois… On verra !
A noter que j’ai également contracté une assurance pour mon voyage, qui elle aussi est limitée à 12 mois. Voyager plus d’un an semble donc représenter un projet différent qu’une simple parenthèse d’une année.

Comment gères-tu la solitude en voyage ?
Je ne voyage pas tout à fait seul, puisque je suis accompagné de Jean-Phil, petit sumo au caractère bien trempé, que l’on m’a offert avant mon départ. Il rêve de rencontrer un véritable sumo quand nous passerons par le Japon… Il est sympa mais m’a déjà posé plusieurs problèmes lors des passages en douane dans les aéroports, étant confondu avec une pierre précieuse, une batterie…
A part Jean-Phil, je voyage effectivement seul, déjà parce que la solitude n’est pas un problème pour moi, et également parce qu’un projet comme celui-ci sur une aussi longue période, on trouve difficilement des compagnons de route disponibles ! C’est intéressant de voyager seul, ça force à s’ouvrir plus aux autres, à mieux se connaitre, et on est vraiment très libre.
Je ne suis pas complètement seul non plus puisque je rencontre des voyageurs dans les auberges de jeunesse, et surtout des locaux grâce au couchsurfing. Mais je ne suis pas contre une nuit à l’hôtel, pour recharger les batteries, j’en ai souvent besoin. Et je ne désespère pas d’être rejoint par des proches ici ou là…

Le compagnon de route de Vincent, le sumo "Jean-Phil"Jean-Phil

Comment t’est venue l’envie de faire ce grand voyage ?
Une envie de nouveauté, de découverte. Apprendre à mieux connaitre le monde, les cultures, apprendre à me connaitre moi-même, voir ce que je suis capable de faire, ce qui me bloque… Découvrir également d’autres modes de vie, des perspectives de projets professionnels, loin de la routine parisienne… C’est aussi parce que lorsque l’on prend conscience, pour différentes raisons, que la vie est courte, on a envie de faire de chaque jour une source de découverte et d’apprentissage.

Qu’attends-tu de ce voyage ?
En prendre plein les yeux déjà ! J’adore la nature sauvage, les grands espaces, les animaux… Pour tout ça j’ai déjà été bien gâté jusqu’à présent et je pense que cela va continuer. Ensuite, j’attends de ce voyage qu’il me construise, me renforce, m’ouvre à de nouveaux projets, de nouvelles envies. Je ne vois pas ce voyage comme une parenthèse d’un an avant de rentrer tête basse reprendre une activité routinière, je veux le mettre à profit pour qu’il mène à quelque chose de nouveau.

Quel est le budget de ton tour du monde ?
Mon budget est d’environ 30.000 euros. Il se peut que ça dépasse un peu, j’ai prévu des étapes un peu longues dans des pays onéreux…

Vincent et des enfants d'un village de TanzanieVincent en Tanzanie

Quel type de voyageurs es-tu ?
J’ai comme ligne de conduite de prendre tous mes logements (souvent des backpacks) parmi les 4-5 moins chers que je trouve sur booking.com ou hostels.com, tout en gardant un œil vigilant sur les avis des voyageurs. Je fais également du couchsurfing de temps en temps.
Pour la nourriture, je ne cuisine pas vraiment, j’essaie de manger à des prix raisonnables, et de ne pas me priver sur les visites tout en restant très méfiant sur les tarifs parfois prohibitifs. J’essaie également de privilégier les moyens de transport les moins chers, préférer la marche plutôt qu’un taxi pour des courtes distances…
J’essaie de m’adapter au style de vie local… Pas d’eau chaude et des toilettes à la turque en Indonésie ? Ok ça me convient, je ne vais pas aller dans un palace et me retrouver en décalage complet avec la vie des Indonésiens… A l’inverse quand le pays est plus occidental, la vie plus chère, je ne me vois pas me priver de tout, vivre comme un quasi SDF pour économiser quelques euros. J’essaie juste de rester cohérent avec les endroits que je visite…

Quels seraient tes conseils pour économiser, à ceux qui souhaitent se lancer dans l’aventure du voyage au long cours ?
Il est évident que certains pays sont à proscrire si l’argent est vraiment un problème et que vous voyagez sans travailler. La Tanzanie était hors de prix pour les touristes, l’Australie où je suis actuellement est également très chère, mieux vaut y venir avec un PVT afin de pouvoir travailler et subsister plus longtemps.
Pour économiser, le meilleur moyen que j’ai trouvé c’est le couchsurfing : évidemment le but est aussi de faire des rencontres, de mieux découvrir une culture locale, mais le bénéfice économique n’est pas à négliger : on dort gratuitement, bien souvent on mange gratuitement, l’hôte va probablement se proposer de servir de taxi s’il est disponible pour vous emmener par ci par là… J’ai eu quelques journées où j’ai dépensé 0 euro ou presque, au Vietnam et en Indonésie notamment, tellement mes hôtes étaient généreux.
Une autre astuce est de partager les frais quand cela est possible. Partager un taxi, trouver un covoiturage pour partager l’essence quand vous louez un véhicule… Il ne faut pas non plus hésiter à négocier les prix quand cela fait partie de la culture locale.

Vincent au Cape of Good Hope, Afrique du SudVincent au Cap de Bonne-Espérance, Afrique du Sud

Actuellement, tu es en Australie ; la vie y est chère pour un voyageur. As-tu des astuces ?
Oui. J’essaie de voyager à moindres frais, les transports étant chers et surbookés en cette période de vacances de Noël. L’avion coûte cher, la location de voiture/van aussi, les trains et les bus sont chers ou complets pour la plupart de mes recherches… J’opte donc quand cela est possible pour la relocation de van. Les agences de location ont besoin de faire revenir un véhicule d’une ville à une autre pour des raisons logistiques. Pour faire des économies de personnel, elles proposent donc à des particuliers de faire le trajet, à des tarifs extrêmement bas (environ 3€ par jour, parfois moins), et elles remboursent également une partie du carburant. Vous avez donc pour quelques jours un véhicule et un toit où dormir pour pas cher. La contrepartie est que vous avez un temps imparti pour ramener le véhicule donc pas de détours, pas de farniente… Et les offres sont peu nombreuses et très recherchées. J’ai pu faire les 3.000 km reliant Perth à Adelaïde en relocation, ainsi que Sydney et Cairns, ce qui m’a permis au passage de dormir dans le van à Sydney pour la période du nouvel an, ce qui m’a fait réaliser une belle économie sur le prix du logement.
En général, si vous êtes souple sur les dates, vous trouverez de meilleurs deals, pour les transports comme pour les activités. Dans l’ensemble, si vous êtes plus sociable que moi (ce qui ne sera pas dur) et débrouillard, vous trouverez sans doute des bons plans pour économiser régulièrement. Mon plus fidèle allié reste internet.

Vincent et son van, en AustralieVincent et son van, en Australie

A ce jour, quels sont tes plus beaux souvenirs ?
Mon safari en Tanzanie, dormir sous la tente, au milieu des animaux. Avoir approché des guépards et nagé avec des phoques en Afrique du Sud. Avoir assisté à une fête de mariage traditionnelle au Vietnam. Le lever de soleil sur Angkor Vat. Avoir touché des insectes répugnants dans la jungle thaïlandaise. Se promener et scooter à Koh Lanta, en moto taxi au Vietnam. Ma journée passée avec des élèves d’école primaire à un spectacle de musique traditionnelle indonésienne. Mes quelques jours passés chez Ramset, un hôte indonésien adorable. L’ascension du mont Kawah Ijen, et les instants passés auprès des mineurs qui recueillent le soufre dans le cratère. Les massages balinais ! Plonger avec des tortues dans les eaux turquoises des Îles Gili. Longer la côte sud de l’Australie d’ouest en est et passer Noël tout seul dans mon van. Le feu d’artifice pour le nouvel an à Sydney. Croiser un requin en plongeant à la grande barrière de corail. Sauter en parachute au dessus de Cairns.

Vincent à Pak Chong, ThaïlandeRencontre avec les insectes, à Pak Chong, Thaïlande

As-tu essuyé des coups durs/eu de mauvaises surprises ?
Rien de gravissime jusqu’à présent. Je me suis fêlé une côte la veille de mon départ, ce qui n’était pas très malin et qui m’a un peu gêné les premières semaines. J’ai crevé sur une route déserte d’Afrique du Sud, en plein soleil, mais j’ai été aidé par des gens très sympas… Ca m’aura coûté une centaine d’euros. J’ai raté le seul bus de la journée à Nha Trang au Vietnam parce que mon téléphone a décidé de changer de fuseau horaire tout seul pendant la nuit :). J’ai été réveillé en pleine nuit au Cambodge par une notification Facebook, qui me demandait si j’étais en lieu sûr… c’était le soir des attentats à Paris… J’ai été malade comme un chien dans un bus de nuit en Indonésie, et toute la journée qui a suivi. Je me suis fait arnaquer plus d’une fois par les bus indonésiens, ce ne sont que quelques euros mais c’est pénible :). La météo et l’activité volcanique en Indonésie ne m’ont pas permis de faire toutes les visites que je voulais… Quelques péripéties en camping car entre Sydney et Cairns (crevaison entre autres…).
Sinon jusqu’à présent pas d’agression, pas de vol, pas de blessure, pas de maladie, pas d’accident…

Vincent au Kawah Ijen, IndonésieVincent au Kawah Ijen, Indonésie

Qu’est-ce qui t’attend à ton retour en France ? Appréhendes-tu ton retour ?
Je ne sais pas vraiment. Je loue mon appartement actuellement donc c’est un dossier sur lequel je devrai me pencher à mon retour. Je ne sais pas quand je vais rentrer, si je vais rentrer, pour combien de temps, pour quoi faire… Tout ça est très lointain, je me concentre plus sur où je vais dormir demain et comment je vais me rendre à tel endroit dans 2 jours…

Quels conseils donneraient à ceux qui rêvent de faire un tour du monde mais qui n’osent pas se lancer… ?
Si cela vient d’une démarche personnelle et pas juste un phénomène de mode passager, il n’y a aucun argument qui puisse empêcher de se lancer…
Un frein à la carrière ? Imaginez tout ce vous allez engranger comme expérience. Dans beaucoup de pays, avoir fait une pause pour voyager est quelque chose de très positif sur un CV. En plus il y a des chances que vous progressiez en anglais, en espagnol…
Ca coute cher ? Les consoles de jeux, les fringues, les clopes, les abonnements aux salles de sport où on ne va pas, la TV géante du salon pour regarder Zlatan en HD… tout ça, ça coute cher ! Ca peut valoir le coup de se priver un peu pour réaliser un beau voyage. Je ne vois pas de meilleure manière de dépenser son argent, en fait.
Les proches vont manquer ? Oui évidemment, ça peut être compliqué. Mais avec Facebook, WhatsApp, Skype, on est finalement très proches même à l’autre bout du monde. On trouve du WiFi un peu partout, la 4G au milieu des rizières…
Et la sécurité, la santé ? Il y a toujours des risques, plus ou moins qu’en France, c’est dur à dire. C’est comme tout, j’imagine qu’en prenant un minimum de précautions ce sont des risques que l’on peut vraiment limiter.

Skydiving en AustralieSkydiving en Australie

Merci Vincent. Autre chose à ajouter ?
Life is short, eat dessert first 😉

Pour suivre le blog de Vincent : www.le-bichon-voyageur.fr/
Pour suivre ses aventures sur Facebook : www.facebook.com/Le-bichon-voyageur-898232343600481

Written by Anne

Voyageuse, amoureuse des mots, de l'image et des autres humains en général, Anne a rejoint l'équipe Zip World après avoir pris le temps de voyager autour du monde en 2013 à la rencontre des Français de l'étranger, dont elle livre les portraits sur son blog personnel : www.allervoirailleurssijysuis.fr

2 Commentaires

  1. Ludo wacho

    Je suis tellement fier de lire cette interview et de me rendre compte que Vincent, que je connais depuis une dizaine d’années, s’est lancé dans cette superbe expérience. Continues à en prendre plein les yeux et Enjoy!!
    Moi-même ayant bourlingué un peu à gauche à droite je ne peux qu’encourager à voyager. Ça apporte une expérience inégalable et une ouverture d’esprit à toutes épreuves.
    Bonne aventure à tous ?

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