Interview voyageur : le voyage à vélo de Florent et son escale humanitaire

Interview voyageur : le voyage à vélo de Florent et son escale humanitaire

Notre première interview voyageur de 2015 est un peu spéciale. Spéciale car la personne que l’on présente aujourd’hui n’a pas voyagé avec un billet tour du monde, comme l’ont fait tous nos autres interviewés. En fait, Florent est un « ami Zip World ». Son incroyable périple à vélo et sa très grande capacité à excellemment bien raconter les histoires – ou du moins « son histoire » – nous ont donné l’envie de vous partager son récit. 
C’est l’histoire d’un jeune homme qui prend une pause dans sa vie professionnelle, pour parcourir les routes d’Asie en solitaire et à vélo. Mais c’est aussi l’histoire d’un jeune homme qui ne voulait pas fouler les routes d’Asie les mains vides, et qui a apporté aides et subventions à une ONG française scolarisant les enfants cambodgiens à Phnom Penh…

Salut Florent ! Comment est née l’idée et l’envie de ce périple à vélo ?
De passage à Paris un soir d’hiver 2009, je suis tombé par hasard sur l’expo photo « Visages du Mékong », présentée sur les grilles du Jardin du Luxembourg. Depuis longtemps je rêvais d’un voyage à vélo en Asie sans réellement savoir par quel bout le commencer… C’est grâce à ces photos que j’ai compris que le tracé du Mékong pourrait parfaitement dessiner l’itinéraire de mon voyage en traversant 5 pays d’Asie du Sud-Est : Chine, Laos, Thaïlande, Cambodge, Vietnam. J’ai donc demandé à mon employeur un congé sabbatique de 6 mois pour parcourir les quelques 5.000 km de l’itinéraire que je m’étais fixés entre Shangri-La et Saigon (Hô-Chi-Minh). Finalement je n’ai pu obtenir que 3 mois sabbatique (mars à mai 2010), ce qui a rendu le périple assez sportif avec en moyenne 130 km quotidiens à raison de 5-6 jours par semaine.

Tracé du MékongLe tracé du Mékong, chemin suivi par Florent
de Shangri-La (Chine) à Hô-Chi-Minh (Vietnam)

Pourquoi avoir choisi le vélo comme mode de transport ?
D’origine vietnamienne, j’ai toujours eu une attirance pour l’Asie du Sud-Est que j’avais pu découvrir en backpacker quelques années auparavant. Mais il y a tellement à découvrir qu’être un backpacker peut laisser un goût d’inachevé. Je trouve que le voyage à vélo offre encore plus : il facilite le contact avec les habitants, offre cette liberté de bifurquer à tout moment, mais aussi de sentir les odeurs… Bref de profiter pleinement de l’instant présent !

Florent sur son vélo, en route vers Paksan, LaosFlorent sur la route vers Paksan, Laos

As-tu suivi un entraînement de compétition pour te préparer à ce voyage ?
J’ai eu seulement 2 mois pour préparer mon voyage. Avec la rigueur de l’hiver munichois (Florent vivait à Munich, NDLR), j’ai opté pour un vélo d’appartement afin d’affiner ma condition physique tout en regardant des épisodes de Pékin-Express (!).
Pour ceux qui hésitent encore à partir, les milliers de kilomètres à vélo peuvent faire peur. En fait, vous verrez que vous trouverez vite votre rythme de croisière et ne sentirez même plus les efforts après quelques jours de balade…

Peux-tu nous parler de ton équipement ?
Côté équipement j’ai acheté des sacoches Ortlieb (les plus à même de résister au début de la mousson sur la fin de mon voyage) avant le départ, et me suis envolé avec environ 20 kilos de bagages direction Kunming en Chine. Bien conseillé par un couchsurfer vivant sur place et aussi fan de voyages à vélo, j’ai pris le pari d’acheter mon vélo là-bas. Et je ne l’ai pas regretté puisque j’ai pu dégoter une superbe randonneuse Giant pour à peine plus de 200€ (cinq ans plus tard, je voyage toujours avec ce vélo). 

Florent au départ, à Shangri-La, ChineFlorent et son vélo au départ de Shangri-La, Chine

Au coeur de ce voyage, tu as décidé de t’arrêter dans une ONG française installée au Cambodge…
Oui. En fait en 2002, j’ai participé à un projet de financement de salles de classe pour l’association Pour un Sourire d’Enfant (PSE). Ensuite salarié d’Accor Hotels, j’ai appris que le groupe disposait d’une Fondation permettant de soutenir les projets portés par des collaborateurs. J’ai donc proposé un projet de soutien aux jeunes en formation professionnel à l’école de commerce de PSE. Et grâce au soutien de la Fondation Accor Hotels, j’ai pu récolter 20.000€ pour l’association, permettant ainsi le financement des cours de langues étrangères pour 180 élèves pendant 2 ans.
L’association Pour un Sourire d’Enfant fait depuis 20 ans un travail fantastique pour sortir les enfants cambodgiens de la misère, les scolariser et leur offrir une formation professionnelle. De plus, elle est financièrement parfaitement gérée et entretient un cercle vertueux autour duquel des Cambodgiens forment des Cambodgiens, dans ce pays qui manque cruellement de personnel qualifié. C’est pourquoi je m’y suis investi depuis une dizaine d’années et en ai fait une halte privilégiée de mon voyage à vélo pour leur apporter ce chèque de 20.000€.
J’ai eu la chance de passer 2 jours dans l’enceinte de l’association qui scolarise plus de 5.000 élèves. Ce furent 2 jours riches en rencontres ; les larges sourires de ces enfants ainsi que leur farouche envie de réussir m’ont illuminé !

Quels conseils donnerais-tu à des voyageurs ayant l’envie de s’investir pour une cause humanitaire au cours de leur voyage ?
Ecoutez vos envies, donnez un peu et vous recevrez beaucoup !
Il y a 15 ans on faisait son service militaire, alors ce serait une bonne chose de proposer un service humanitaire, comme c’est le cas en Allemagne. C’est une bonne initiative.

Florent dans l'ONG "Pour un Sourire d'Enfant" à Phnom Penh, CambodgeFlorent et les enfants scolarisés grâce à l’association Pour un Sourire d’Enfant à Phnom Penh, Cambodge

Que retiens-tu de ton voyage ?
J’ai avant tout appris sur les autres ; la curiosité et l’esprit d’ouverture des locaux m’ont fasciné. A chaque journée, je recevais des centaines de « hello » sortant de nulle part sur le bord des routes. Je garde un merveilleux souvenir de cette chaleur humaine et aimerais qu’on s’en inspire un peu dans nos contrées occidentales…
Mais j’ai aussi appris sur moi ; cloué sur un lit d’hôpital pendant 10 jours après m’être envoyé dans le décor dans une descente, je pensais que mon voyage s’arrêterait au bout de 2 semaines avec une fracture de vertèbre. Mais c’était sans compter sur cette belle machine qu’est le corps humain. Petit à petit, j’ai pu remarcher et me remettre en selle pour faire plus de 3.000 km le dernier mois sans garder la moindre séquelle.

Depuis ton retour, envisages-tu parfois de repartir ?
Le plus difficile, c’est de partir… Une fois donné le premier coup de pédale, le plus dur est fait ! Bien sûr que je souhaiterais repartir, même si depuis j’ai pu aussi faire d’autres voyages.
Le mot « contraintes » devrait être banni de notre langage, mais force est de constater que quelques « contraintes » ne me permettent pas d’aller découvrir d’autres contrées pour le moment. Mais si je devais repartir bientôt, je mettrais le cap sur des endroits où je ne suis jamais allé, par exemple les pays issus du bloc soviétique ou l’Asie centrale.

Pour finir, aurais-tu une ou deux anecdotes de voyage à nous partager ?
Oui ! J’avais dans mes sacoches 100 portes clés miniatures de notre vieille dame… la Tour Eiffel. Ils firent la joie des personnes rencontrées ! Dernier conseil pour nouer un contact dans une langue inconnue : imprimer des photos de vos proches, votre ville, votre appartement… !
Autre anecdote… J’ai fini mon voyage en prenant une photo de moi devant l’hôtel Majestic de Saigon (Hô-Chi-Minh). Là même où mon père (vietnamien, NDLR) avait pris sa dernière photo au Vietnam avant de partir pour la France 50 ans plus tôt…

Florent devant l'Hôtel Majestés de Saigon, VietnamFlorent devant l’Hôtel Majestic d’Hô-Chi-Minh, Vietnam
(comme son père 50 ans plus tôt…)

Le blog du voyage de Florent : http://alongthemekong.uniterre.com

Written by Anne

Voyageuse, amoureuse des mots, de l'image et des autres humains en général, Anne a rejoint l'équipe Zip World après avoir pris le temps de voyager autour du monde en 2013 à la rencontre des Français de l'étranger, dont elle livre les portraits sur son blog personnel : www.allervoirailleurssijysuis.fr

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