Tour du monde des villes fantômes, ou comment passer ses vacances loin de la foule

Tour du monde des villes fantômes, ou comment passer ses vacances loin de la foule

Ce matin, vous avez lu qu’un individu moyen passe environ 6 ans de sa vie à faire la queue. À peine aviez-vous eu le temps d’être bouleversé par cette affreuse information, qu’une foule déchainée et avide de se rendre au bureau, vous a propulsé contre la porte du métro, obligeant la peau délicate de votre faciès fraichement hydratée au beurre de karité, à entrer en contact avec cette paroi froide, dégoutante, et hautement bactériologique. Sale coup du sort, tourner la tête vous obligerait à inhaler le parfum bon marché de cette dame, qui empiète non sans gêne sur votre espace vital. Au lieu de la maudire sur plusieurs générations, vous décidez d’être gentleman et retenez votre respiration pendant les trois stations qui vous séparent de la délivrance.

Sur le chemin, vous rouspétez après ces satanés touristes qui prennent tout le trottoir et avancent à deux à l’heure. Ça vous laisse le temps de repenser à votre soirée d’hier, qui s’est résumée à deux activités : tourner pendant 1h pour trouver une place, pour ensuite passer votre temps à hurler pour être entendu par vos petits camarades, dans ce bar où les tenanciers ont ostensiblement décidé qu’aucune personne présente ici avait quelque chose d’assez intéressant à raconter pour baisser le volume de la musique.

Tout cela vous rend chagrin, et même parfois limite pas très très sympa. Vous avez envie de silence, de liberté de mouvement, d’espace, mais vous n’êtes pas très campagne. Très bien. Voyons voir ce que nous avons en magasin. Une ville vidée de toute présence humaine, ça vous irait ?

Selon Monsieur ou Madame Wikiped’, une ville fantôme est « une ville initialement habitée et animée qui a été abandonnée. Généralement, l’abandon d’une ville résulte du tarissement de l’activité économique qui la faisait vivre ou d’une catastrophe d’origine naturelle (désertification, inondation, séisme, éruption volcanique, etc.) ou humaine (bataille, crise économique, accident industriel, désaffection de mine, etc.). D’autres causes peuvent expliquer le phénomène, comme la disparition des ressources naturelles comme l’eau potable, ou le retrait brutal des voies de communication (fermeture de lignes de chemins de fer en milieu rural, isolement soudain à l’occasion d’un nouveau tracé des routes, etc…) ». Beaucoup de ces villes fantômes sont connues et répertoriées, mais certaines sont encore secrètes. Les découvrir fait partie des missions des « urban explorer ». Pour ces explorateurs modernes, plus la ville est difficile d’accès, plus la victoire est grande.

Je ne veux pas que vous finissiez sous les barreaux pour la simple et bonne raison que je redoute le montant des frais de port si je devais vous envoyer des oranges dans une contrée lointaine. J’ai donc listé pour vous des villes fantômes dans lesquelles vous pouvez vous rendre en toute légalité. A peu de choses prés…

Centralia, Etats-Unis

Sacrée histoire que celle de Centralia. Cette petite ville de Pensylvanie brûle depuis 1962. Tout simplement. Il semblerait que cinq pompiers auraient accidentellement mis le feu à la mine de charbon souterraine qui s’y trouvait. Le gouvernement dépense des millions pour tenter d’arrêter le feu, jusqu’à l’an 1981 où un enfant faillit disparaitre dans un gouffre de 46 mètres qui s’était ouvert sous sa petite personne. Le feu avance de 15 mètres par an, et d’après les prévisions, le sous-sol de Centralia devrait brûler pendant encore près de 250 ans. Au dernier recensement, il y a 10 ans, la ville comptait encore 9 habitants. On se demande bien ce que ces gens font encore là puisque les routes ont été fermées, et le code postal supprimé en 2002. Pas facile facile pour recevoir du courrier.

Centralia, aux États-UnisCentralia, USA (photo : jiwasz via Foter.com / CC BY)

Sanzhi Pod, Taiwan 

Ces bâtiments aux allures d’Ovni ont été construits en 1978 et sont le fruit de l’imagination d’un architecte danois. Ils étaient censés former un complexe hôtelier pour gens aisés. La construction est rapidement abandonnée pour des raisons financières. Depuis, plusieurs tentatives pour reprendre les travaux ont eu lieu, et ont toutes été interrompues à cause de nombreux accidents mortels, et même de meurtres. Il paraitrait que les ouvriers ont dû sacrifier la sculpture d’un dragon chinois pour élargir la route menant aux maisons. Ils ont aussi découvert 20 000 squelettes de soldats hollandais. Autant vous dire que le karma de la ville n’est pas top, et que l’apparition de fantômes a définitivement mis une sale ambiance. Bon, en vrai, vous ne pourrez pas aller y jeter un oeil car ces maisons ont été détruites en 2009. Mais vous pouvez toujours regarder les photos sur l’internet.

Sanzhi, à TaiwanSanzhi, Taiwan (photo : vicjuan via Foter.com / CC BY-NC)

Prypiat, Ukraine

Prypiat eut l’infortune de se situer à 3 kilomètres de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Les habitants ayant été obligés de partir précipitamment, tout est resté en l’état : casseroles sur le feu (éteint), livres et poupées sur le sol. On trouve aussi des véhicules de l’armée et de pompiers abandonnés, leur exposition les ayant rendus trop radioactifs pour être de nouveau utilisés. Le taux de radioactivité trop élevé empêche le repeuplement de la ville, et la poussière toxique peut irradier mortellement un homme en une semaine. Cependant Il est possible de visiter la ville le temps d’une journée, en passant par une agence spécialisée. Pour cela, il faut être majeur et recevoir une autorisation du ministère des Situations d’urgence ukrainien. S’y rendre sans ce papier peut s’avérer dangereux, la police aurait déjà abattu plusieurs badauds qu’elle aurait pris pour des pilleurs.

Poveglia, Italie

Poveglia, ma préférée ! En Italie, à la Renaissance, la peste faisait rage et tout le monde est devenu parano. Au moindre signe de faiblesse physique, on vous envoyait direct sur l’ile de Poveglia. et hop, au bûcher ! Pas moins de 160 000 personnes ont été enterrées ou brûlées sur cette île. En 1804, un hôpital pour personnes âgées s’installe à Poveglia. Pas pour longtemps puisque toutes sortes de phénomènes étranges surviennent… En 1922, nouvelle tentative avec cette fois-ci, un hôpital… psychiatrique, et pour parfaire le tableau, celui-ci était dirigé par un médecin complètement maboul qui comptait bien avoir une page Wikipedia un jour. Les patients commencent bien évidemment, et on en attendait pas moins d’eux, à être témoins d’apparitions. Le médecin, ne voulant pas y croire, pratiquait des expériences monstrueuses sur ses patients les plus atteints (on parle là d’actes de torture, à base de lobotomies avec marteau et burin). On dit que le médecin sombra aussi dans la folie et que poussé par les fantômes, il se suicida en se jetant d’une tour. Selon les dires d’une infirmière témoin de la scène, le médecin ne mourut pas sur le coup mais fut emporté par un nuage de poussières noires… Depuis, sur Poveglia, on entend des gémissements, on a des apparitions. il arrive aussi que la marée apporte des ossements sur le rivage de Venise. L’île n’appartient à personne et est interdite aux touristes. Certains aventuriers parviennent à accoster sur l’île, mais reviennent en général avec le trouillomètre à zéro.

Poveglia, en ItaliePoveglia, Italie
(photo : True British Metal via Foter.com / CC BY-NC-SA)

Varosha, Chypre

Varosha était une petite station balnéaire chypriote de 15 000 habitants, prisée par la jet set de l’époque. On pouvait même y apercevoir Sophia Loren ou encore Brigitte Bardot. En 1974, l’île est coupée en deux. La partie nord, où se trouve Varosha est occupée par la Turquie et surveillée par ses militaires, qui interdisent à quiconque d’y accéder. Opter pour Varosha pour vos prochaines vacances, c’est la garantie de pouvoir vous détendre sur une belle plage de sable fin, sans être victime d’un ballon perdu, sans recevoir le sable de cette femme qui secoue sa serviette à proximité, sans entendre ce père crier sur son enfant qui court, tout intrépide qu’il est, vers les flots. Non, rien de tout ça. Vous êtes pratiquement seul, et ça vous va très bien. Aujourd’hui, alors que des négociations sont en cours pour redonner vie à la ville fantôme, la cinéaste Vasia Markides développe un projet nommé « The Famagusta Ecocity Project », qui a pour but de faire de la ville un modèle de ville écologique en Europe. Ce projet est expliqué dans le documentaire du même nom.

Tiandu Cheng, Hanghzou, Chine

Cette ville, construite en 2007 par un homme d’affaires chinois, est un copier coller d’un quartier de type haussmanien. On y trouve aussi également une reproduction de la Tour Eiffel (de 108 mètres), des jardins de Versailles, des Tuileries et de Montmartre. C’est cocasse. La ville est habitée par moins de 2000 personnes, soit 5 fois moins que ce qui était prévu. Tiandu Cheng est devenu un endroit où les personnes n’ayant pas les moyens de se rendre à Paris viennent se prendre en photo. L’endroit a aussi été utilisé à plusieurs reprises pour des tournages de films et de clips, dont « Gosh » de Jamie XX réalisé par Romain Gavras. Il existe également des répliques de quartiers suisses, anglais, et suédois dans les environs de Shangai.

Tiandu, en ChineTiandu, en Chine (photo : 準建築人手札網站 Forgemind ArchiMedia via Foter.com / CC BY)

Kantoubek, Ouzbékistan

Début du générique de X-Files. Dans les années 1930, l’URSS ouvre un centre de recherche sur les armes biologiques à Kantoubek. Cet endroit est choisi pour son climat (qui permettait d’éviter la prolifération des micro organismes pathogènes), et son isolation, puisque Kantoubek se situe en plein cœur de la mer d’Aral, elle-même entourée de grands déserts peu peuplés. En 1988, ce site reçoit les stocks de bacille de charbon dans le cadre du programme Biopreparat (nom du programme scientifique et industriel de l’Union soviétique destiné entre autres à créer des missiles bactériologiques dans le contexte de la guerre froide). La population était fréquemment vaccinée et examinée, mais malgré ces précautions, plusieurs cas de maladie et de mort ont été relevés… En 1992, la ville est évacuée et laissée à l’abandon, sans que les agents biochimiques n’aient été détruits… La série d’attaques d’enveloppes contaminées au bacille du charbon en 2001 aux États-Unis est l’un des premiers cas de ce qu’on appelle le bioterrorisme. Cet événement pousse la communauté internationale à s’inquiéter de l’existence de stocks d’armes biologiques, et c’est illico presto qu’elle envoie des spécialistes sur place afin de neutraliser ce qui est probablement la plus grande réserve de bacille du charbon au monde (100 à 300 tonnes). Pour info, le bacillus anthracis commença à être utilisé comme arme bactériologique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La dispersion de spores dans l’air ambiant peut entraîner le développement de la forme respiratoire de la maladie du charbon, fatale dans 50 % des cas… Fin de l’épisode.

Hashima, Japon

Cette île est achetée par Mitsubishi en 1890 pour exploiter ses ressources houillères. En 1974, l’épuisement desdites ressources précipite l’île dans l’abandon le plus total, ce qui est fort de café quand on pense que Hashima a été l’endroit avec la plus haute densité de population au monde en 1959.

Hashima, au JaponHashima, Japon (photo : ajari via Foter.com / CC BY)

Kolmanskop, Namibie

Kolmanskop est une charmante petite bourgade créée par des colons allemands au début du 20ème siècle pour l’exploitation du diamant. En 1954, Kolmanskop est abandonnée et le sable du désert du Namib l’ensevelit presque totalement, devenant ainsi un lieu où le surréalisme se le dispute au splendide.

Fordlandia, Brésil

En 1927, Henry Ford achète un million d’hectares au cœur de l’Amazonie pour y construire une cité industrielle. Hélas, des chenilles dévoreuses d’hévéas (les plantes qui produisent le latex), puis la malaria, viennent contrecarrer ses plans. De plus, Ford avait privé ses employés d’alcool et de tabac. Très mauvaise idée puisque cela donna naissance à des endroits peu recommandables où ses ouvriers allaient s’enivrer. Vous connaissez le dicton, « qui dit plein de gens ivres ensemble au milieu de nulle part, dit escalade de la violence ». En 1945, après avoir dépensé plus de 20 millions de dollars et sans jamais y être allé, Ford revend son usine pour trois fois rien.

Fordlandia, au BrésilFordlandia, Brésil
(photo : guido otero via Foter.com / CC BY-NC)

Doel, Belgique

En 1998, un projet d’expansion du port d’Anvers prévoit la construction d’un nouveau dock. Pour ce faire, il faut raser Doel et les habitants sont tous gentiment invités à quitter les lieux. Plus d’école, plus de transports en commun, bref, tout pousse vers la sortie. Une poignée d’irréductibles résiste et la démolition annoncée du village est provisoirement arrêtée. De nombreux graffeurs se sont appropriés le village, qui est devenu un haut lieu du Street Art.

Doel, en BelgiqueDoel, Belgique (photo : Marianne de Wit via Foter.com / CC BY-NC-SA)

Epecuen, Argentine

Le lac Epecuen est célèbre, depuis les légendes indiennes, pour ses vertus thérapeutiques, grâce à sa boue qui guérit maladies de peau, arthrites et rhumatismes. L’arrivée du chemin de fer transforme la donne, la ville d’Epecuen est construite avec moultes hôtels de luxe. Malheureusement, le lac est fréquemment victime de sécheresse, et de grandes crues. Des travaux sont entrepris pour résoudre ce problème jusqu’à l’arrivée de la dictature militaire, qui a d’autres chats à fouetter que de garantir la sécurité des habitants de la ville. En 1985, la digue se brise et le lac inonde la ville (10 mètres d’eau de hauteur tout de même). Depuis quelques années et l’apparition d’une nouvelle vague de sécheresse, Epecuen ressurgit et est actuellement totalement émergée. Elle offre le spectacle de bâtiments étonnamment conservés et blanchis par le sel.

Epecuen, en ArgentineEpecuen, Argentine (photo : dr_pablogonzalez via Foter.com / CC BY-SA)

 

Crédit photo à la une : Baron Reznik via Foter.com / CC BY-NC-SA

Written by Nathalie

Nathalie aime partir en goguette, que ce soit à Paris, son lieu de résidence, ou au cours de ses voyages. Elle aime apprendre des nouveaux mots, découvrir des endroits improbables et rencontrer des personnes épatantes avec qui partager un verre de vin rouge qui lui mettra le bleu aux lèvres.

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