Interview voyageur : Patrick, 63 ans, en tour du monde en solo et en sac à dos !

Interview voyageur : Patrick, 63 ans, en tour du monde en solo et en sac à dos !

Le 7 mars dernier, Patrick s’est envolé seul pour un voyage de 4 mois autour du monde. Il a traversé le Vietnam, le Cambodge, le Laos, les Etats-Unis, le Costa Rica, le Pérou, la Bolivie, et le Brésil.
Il nous parle dans cette interview des raisons qui l’ont poussé à réaliser ce rêve, de ce qu’il a découvert à l’étranger, de la réalité des personnes qui souhaitent voyager à 50 ans et plus, et de ce qui peut bloquer ceux qui n’osent pas partir, un peu apeuré par un monde qui n’est en réalité pas si terrible que cela.
L’itinéraire de ses vols avec Zip World fut le suivant : Paris – Hô-Chi-Minh // Hanoi – San Francisco – New York – San José – Lima // Salvador de Bahia – Bâle.

Vous vous êtes envolé le 7 mars dernier pour un voyage de 4 mois autour du monde. Qu’est-ce qui vous a décidé à quitter votre confort français pour partir à la découverte de notre belle planète ?
D’abord l’envie de réaliser deux rêves d’enfance : voir le Machu Picchu et faire le tour du monde. Ensuite, le constat d’arriver à la retraite en bonne forme, mais conscient que ça ne durera pas éternellement, et qu’il faut profiter à fond de cette période de la vie où l’on a du temps et une santé correcte.

Patrick au Machu Picchu, PérouPatrick devant le Machu Picchu, au Pérou

Avant ce voyage, étiez-vous un grand voyageur ?
Oui et non. J’ai vécu 1 an en Côte d’Ivoire en coopération en 1975, j’ai fait quelques voyages en Europe et depuis quelques années, j’ai deux de mes enfants hors de métropole, l’un au Vietnam depuis 8 ans, l’autre à La Réunion depuis 6 ans, ce qui m’amène à aller les voir régulièrement. Mais ça n’a rien à voir avec un voyage au long cours seul.

Comment avez-vous préparé votre voyage et comment avez-vous choisi vos escales ? 
Pour la préparation, j’ai fait un tour à la librairie « raconte moi la terre » à Lyon pour trouver des guides pour ce genre de voyage ; j’en ai acheté deux. Je me suis bien sûr beaucoup documenté sur Internet, où l’on trouve de nombreux blogs de voyageurs, dont certains très bien faits, avec beaucoup de conseils. Mais j’ai également fait la rencontre de voyageurs de retour ; j’ai notamment rencontré un jeune couple qui revenait d’un tour du monde de dix mois.
Après tout cela, il faut croiser les informations, se faire sa propre opinion et faire des choix.
Mes escales se sont un peu imposées d’elles même. Le projet de départ, c’est « le Machu Picchu dans le cadre d’un tour du monde ». De nature prudent, je ne me sentais pas de partir d’emblée pour un voyage d’un an, en solitaire. Je ne savais pas si j’aurais la force de caractère ; 4 mois m’ont semblé être un bon compromis.
Ayant un fils au Vietnam, j’avais envie de passer le voir au début de mon périple. Et donc naturellement, s’est imposée une première partie en Asie. J’ai alors choisi de me limiter au Vietnam, Laos et Cambodge. Ensuite, ayant un cousin qui habite New York, j’ai décidé de passer le voir en partant pour l’Amérique du Sud. L’avion devait faire escale sur la côte ouest, alors quitte à faire escale, autant en profiter pour visiter San Francisco ! En ce qui concerne l’Amérique latine, il faut savoir que dans un premier temps, je n’avais pas prévu le Costa Rica. Mais en préparant mon voyage, j’ai croisé plusieurs personnes qui m’en ont parlé, et comme c’est une destination encore peu connue en Europe, j’ai décidé de m’y arrêter. Pour finir, le Pérou et la Bolivie, c’était le cœur de mon voyage, notamment pour découvrir la civilisation inca.
Voilà pour mes choix d’escales.

Avec quel matériel êtes-vous parti ?
Je suis parti avec un sac à roulettes convertible en sac à dos et un autre sac que je gardais toujours avec moi pour les affaires les plus précieuses, notamment les appareils photo, iPad, papiers… Cela peut sembler être un choix bizarre pour un tour du monde, mais c’est sûrement le meilleur choix que j’ai fait. A 63 ans, le dos est plus fragile qu’à 20, et je n’ai quasiment jamais eu à porter mon sac. Bon, je détonais un peu au milieu des « backpakers », mais tant pis ! Visitant des pays chauds et des pays froids (très froid même au Sud Lipez (Bolivie), -15° la nuit), il me fallait avoir des vêtements adaptés à toutes les situations. Et bien sûr un très bon sac de couchage. Pour mes choix, j’ai beaucoup lu les deux livres que j’avais achetés, et aussi un site très bien fait, tourdumondiste.com. Même si dans certains cas, comme pour le sac, j’ai fait mon propre choix. Au départ, mon sac pesait 12kg, au retour 14kg avec les cadeaux que je ramenais.

Patrick devant la cascade Tad Pasuam, sur le Plateau des Bolovens, au LaosPatrick devant la cascade Tad Pasuam, sur le Plateau des Bolovens, au Laos

Avez-vous rencontré beaucoup de personnes de 50 ans et plus au cours de votre périple ? 
Je n’ai pratiquement jamais rencontré de personnes de plus de 50 ans en voyage dans les mêmes conditions. Ma seule rencontre de ce type a été un Allemand au Vietnam du Nord. Même si je me doutais que je rencontrerai davantage de jeunes, solitaires ou en groupe, que de personnes de mon âge, je ne pensais pas que ce serait aussi peu.

Pourquoi pensez-vous que les plus de 50 ans hésitent à voyager/ne voyagent pas (dans ces conditions-là) ?
Je pense qu’il y a un a priori sur la difficulté de ce genre de voyage. De plus, les personnes de plus de 50 ans se censurent en se disant « ce n’est plus pour moi ». On a certes davantage besoin d’être sécurisé à 50 ans et au delà qu’à 20 ans, mais justement, aujourd’hui Internet apporte cette sécurité. Par exemple, presque tous les jeunes voyageurs que je croisais ne réservaient pas leur hôtel. Ils arrivaient dans une ville et cherchaient sur place. Moi, je n’avais pas envie de galérer dans ce genre de recherche, et donc je réservais toujours mon hôtel sur Booking.com au moins pour le soir de mon arrivée. Ca me permettait de débarquer dans la ville tranquille et sans stress.

A-t-on raison de se méfier de l’Ailleurs ? Est-il, d’après vous, si dangereux qu’on le prétend ?
Ce sujet est pour moi un gros reproche que je veux faire à tous les guides que j’ai pu lire. Ils exagèrent à l’excès le danger qui peut exister « ailleurs ». Il y a bien sûr des risques, comme partout, mais je ne suis pas sûr qu’il y ait plus de risques pour un touriste européen à Lima que pour un Japonais à Paris !! Il y a un minimum de précautions à prendre, mais ce n’est que du bon sens. Si j’avais écouté le Guide du Routard, je ne serais pas allé à Arequipa, tant leur description donne l’impression d’une ville de gangsters. Heureusement, j’ai croisé un groupe de jeunes filles qui en revenaient et m’ont décrit une ville magnifique. Évidemment, je ne suis pas allé me promener dans les quartiers pauvres seul à 3 heures du matin. Mais la Plaza de Armas le soir avec son animation, c’était magnifique. De même, les guides vous déconseillent de louer une moto en Asie. Je l’ai fait au Laos, et franchement je me suis régalé. Il faut juste observer un peu la manière de conduire locale et s’y conformer, donc être deux fois plus prudent qu’en France.

Patrick à Sapa, au VietnamPatrick à Sapa, au Vietnam

Avez-vous déjà voyagé – avant ce voyage-ci – dans le cadre d’un voyage organisé ? Si oui, quelles différences majeures faites-vous avec ce que vous avez vécu ?
Oui, j’ai participé à des voyages organisés auparavant. Il y deux grandes différences : dans un voyage organisé, on est pris en charge en permanence, et ça peut être assez confortable de ne rien avoir à gérer. Pendant mon voyage, c’était parfois lourd, c’est vrai, surtout seul, de s’occuper de tout, les bus, les hôtels, les repas,… Mais la grande différence, pour moi, c’est le sentiment de liberté ! Vous faites ce que vous voulez, quand vous le voulez : changer d’itinéraire, rester plus longtemps dans un endroit, décider quoi faire au dernier moment, et ça, c’est irremplaçable.

Que pensez-vous que ce voyage vous aura apporté ?
D’abord une beaucoup plus grande confiance en moi. J’ai été capable de préparer et faire ce voyage seul. Avant de partir, je ne savais pas trop comment les choses se passeraient. Ensuite, j’ai compris que le monde n’était pas celui que nous décrivent les médias. Dans les journaux, à la télévision, on ne voit que catastrophes, agressions, violence,… C’est une vision déformée du monde. Et dangereuse je trouve, car chacun a tendance à se replier sur soi. Non, à 99%, les gens sont gentils et ne cherchent qu’à vous rendre service. En 4 mois, je ne me suis JAMAIS senti en danger, et je suis TOUJOURS tombé sur des gens qui cherchaient avant tout à me rendre service.

Comment qualifieriez-vous cette expérience autour du monde en solitaire ?
Je ne sais pas trop répondre à cette question. Je suis heureux de voir beaucoup de jeunes de 25-30 ans partir pour ce genre de voyage, seuls ou en groupe. Je pense qu’ils se construisent énormément, et ils entreront dans la vie active avec beaucoup plus de capacités et de force que ceux qui n’auront pas fait cette expérience. A mon âge, à l’inverse, on pourrait presque parler de déconstruction, c’est à dire sortir de sa tête tous les a-priori sur le monde que les médias y introduisent peu à peu. Voir le monde tel qu’il est et pas tel qu’on nous le montre.

Patrick à Tupiza, en BoliviePatrick à Tupiza, en Bolivie

Les jeunes de 25-30 ans qui partent en tour du monde ont souvent un budget très restreint et donc des exigences de confort très relatives. Qu’en est-il lorsque l’on a 50 ou 60 ans ? A-t-on besoin de davantage de confort ? Trouve-t-on ce confort absolument partout ?
La notion de confort est assez relative. Personnellement, je me contente de peu. Chacun doit préparer son voyage en fonction de ses besoins, mais aussi bien sûr, en fonction de son budget. A de très rares exceptions près (par exemple le circuit du Sud Lipez et Salar de Uyuni ou le confort était très sommaire), on peut trouver partout le niveau de confort que l’on souhaite. Il suffit d’y mettre le prix ! Personnellement, j’ai voulu rester dans un voyage en conditions « basiques ». Par exemple, pour l’hébergement, j’ai toujours pris des hôtels à bas prix, et même la moitié du temps, des dortoirs. En revanche, j’étais assez vigilant sur le positionnement de mon hôtel, en choisissant des établissements proches du centre de la ville.

Quel est votre plus beau souvenir au cours de voyage ?
Je n’ai que des bons souvenirs de ce voyage. Les moments les plus marquants sont probablement le lever de soleil sur le Machu Picchu (réalisation d’un rêve de plus de 50 ans !), et aussi les 4 jours passés dans le Sud Lipez et le Salar de Uyuni, presque sur une autre planète ! Mais je n’oublierai pas les temples d’Angkor visités avec mon fils, la ballade à vélo sur le Golden Gate Bridge à San Francisco, Manhattan avec ma petite-fille Lily, les réserves naturelles du Costa Rica… Et puis toutes ces belles rencontres que j’ai pu faire.

Patrick devant le Golden Gate Bridge de San Francisco, USAPatrick devant le Golden Gate Bridge de San Francisco, USA

Avez-vous vécu de mauvaises expériences ?
Comme je l’ai dit plus haut, je n’ai jamais eu de véritables mauvais moments. Une petite angoisse quand mon avion a été annulé à San Francisco alors que je devais récupérer ma petite-fille à New York, un coup de mou dans la Canyon de Colca lorsque j’ai perdu mon appareil photo, alors que j’étais enrhumé et fatigué par l’altitude, mais c’est à peu près tout.

Quels conseils donneriez-vous à une personne de plus de 50 ans ayant l’envie de se lancer dans un voyage de ce type ?
Avant tout, se préparer longtemps à l’avance, lire beaucoup d’informations sur des guides ou des blogs, rencontrer des voyageurs, mais surtout se forger sa propre opinion. Ne pas prendre pour argent comptant tout ce qui se dit, surtout sur Internet.

Prévoyez-vous de repartir en voyage en solitaire un jour ?
Je n’arrête pas d’y penser. Pas à court terme mais dans un ou deux ans…

Patrick sur le "bambootrain", à Battambang, au CambodgePatrick sur le « bambootrain », à Battambang, au Cambodge

Retrouvez les récits du voyage de Patrick sur son blog personnel : http://pgrep52.blogspot.fr

 

Written by Anne

Voyageuse, amoureuse des mots, de l'image et des autres humains en général, Anne a rejoint l'équipe Zip World après avoir pris le temps de voyager autour du monde en 2013 à la rencontre des Français de l'étranger, dont elle livre les portraits sur son blog personnel : www.allervoirailleurssijysuis.fr

16 Commentaires

  1. Géraldine

    C’est une très belle interview. Je trouve que ça change et que ça fait plaisir de voir des jeunes retraités réaliser leurs rêves. J’espère être en forme et pouvoir faire de même quand l’heure de la retraire approchera 🙂
    Bonne continuation !

  2. Michel

    Je viens d’avoir 61 ans et je ne me considère pas encore comme un « senior « .
    Aujourd’hui au Brésil, demain en Bolivie ou au Pérou je ne tiens pas en place. Il faut savoir sortir de sa zone de confort et oublier ses peurs pour profiter des dernières bonnes années . Mais ceci est aussi vrai pour les jeunes générations qui doivent aller découvrir le Monde tel qu’il est et non pas tel qu’il paraît être!!!

  3. roques

    Voyager seul est un virus dont on ne guérit jamais, surtout quand on l’a fait jeune. Je suis partie seule à 18 ans, vivant de petits boulots, d’ hospitalité, de générosité, frôlant le danger tous les jours, mais riche d’adrénaline, d’aventures et de rencontres improbables. Bien sûr que c’est dangereux de partir seul, quand on est une fille mais ça rend presque invincible et convaincu, que l’on croie en Dieu ou pas, que la bonne étoile, ça existe. Puis talonnée par la famille et la société, j’ai voulu rentrer dans le moule et marcher avec des chaussures trop petites pour moi. On n’est jamais comme les autres quand on a vécu une telle aventure et on ne le devient jamais. Mes enfants couchés, j’ai souvent pleuré tant la faim de partir me tenait au ventre. Aujourd’hui seule et divorcée, mais quinqua,je vais reprendre la route que je n’aurais jamais dû quitter. Mais si le partir n’est pas ponctué de ces 1000 rencontres,parce qu’on est trop vieux,il n’a, à mes yeux, pas de sens, collectionner des cartes postales dont on est l’auteur? Je pense que pour cela, il ne faut pas réserver d’hôtels. L’hospitalité est une valeur qui s’est perdue en France, c’est un devoir ailleurs

    1. Anne

      Merci pour votre très beau message et témoignage. Nous vous souhaitons tout le bonheur possible dans vos voyages à venir ! Vous avez en tout cas raison, l’hospitalité est une valeur qui s’est perdue en France (et dans bien des pays occidentaux) ; ailleurs c’est effectivement considéré comme un devoir et parfois même un honneur. À très bientôt.

  4. Pierre Tremblay

    Félicitation Patrick,je vous lève mon chapeau,j’ai 55 ans et moi et mon épouse commencons a y penser sérieusement pour notre retraite.Comme je dis souvent vivons nos rêves ne rêvons pas notre vie.

  5. Isabelle

    Une chance d’être tombé sur ce beau reportage qui me décide encore plus de réaliser mon rêve celui de partir le 22 du deux 2022 quand j’aurai 62 ans faire ce tour du monde seul même si je suis une femme. Je n’ai jamais eu peur dans la vie j’ai toujours rêvé de faire ça et je pense que j’ai tellement hâte que ça arrive Que je commence maintenant à préparer mon voyage. Je ferais comme vous départ pour l’Asie. Pour ceux que ça tente aussi voici aussi un beau blog qui s’appelle Me fugué mis raison et qui est magnifique beaucoup d’explications. Bravo Patrick

  6. DEVILLERS

    Merci pour ce reportage car c’est vrais qu’il n’est pas facile de trouver des blog de globe trotter en retraite je suis en train de préparer mon TDM pour 2019 ou 2020 pour une durée de 2 ans voir plus si possible, c’est pour ça que j’ai fait un blog pour partager cette future expérience
    Merci

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