Billet d’humeur – Réflexion sur les réseaux sociaux en voyage

Billet d’humeur – Réflexion sur les réseaux sociaux en voyage

Nombreux sont les voyageurs qui, dans le cadre d’un périple autour du monde ou d’un voyage au long cours, ont décidé de créer un blog – initialement pour conter online leurs péripéties d’aventure à une Mamie Huguette inquiète. Très vite, cette Mamie Huguette – plus ou moins rassurée d’ailleurs – ne fut plus la seule lectrice dudit blog. En cause : les réseaux sociaux et leur impact ! C’est ainsi que naquit le blogueur voyage tel qu’on pense le connaître aujourd’hui. Rapidement, ces voyageurs ont dû s’improviser community manager de leur propre personne et de leurs activités aux quatre coins du monde, inondant Facebook, Twitter, Instagram, YouTube, Pinterest et les autres de leurs plus beaux clichés, vidéos et textes, relatant leurs aventures, conseils et autres points de vue sur cet Ailleurs que l’on croyait pourtant réservé à une élite.

Ces réseaux sociaux se sont aujourd’hui imposés comme étant les canaux d’une communication que l’on veut efficace, sans chichi et surtout sans chemin tortueux. On informe en 2 lignes et 1 photo combinant à la perfection eau turquoise et sable blanc, et cela suffit à générer du like, du follower et du partage, le graal de tout voyageur 2.0 qui se respecte (et qui a l’honnêteté de le reconnaître).

Mais comment utiliser les réseaux sociaux en voyage – pour parler de son voyage – lorsque l’on ne s’est jamais intéressé au web auparavant ? Voici quelques conseils et astuces pour que son voyage puisse dépasser les frontières de notre propre regard, et accessoirement pour faire râler Jean-Luc de la compta’ – faut dire qu’il n’était pas bien sympa celui-là.

Voyage : le smartphone, le Wifi et les réseaux sociaux en voyage

Quels réseaux sociaux choisir ? Cela peut sembler évident, mais c’est la première question à se poser ; sur quel réseau est-ce que je me sens à l’aise ? Que vais-je principalement partager ? A qui est-ce que je souhaite m’adresser ?

Si Facebook a été délaissé par les plus jeunes aux détriments de Snapchat, il a le mérite cependant de rassembler un très grand nombre d’abonnés de tous les âges, y compris des personnes plus âgées ayant du temps pour stalker enfants et petits-enfants, ces derniers étant généralement plus actifs sur Facebook que pour donner des nouvelles par téléphone ou envoyer des cartes postales. Ce public-là est précieux car plus fidèle que les jeunes, souvent habitués, eux, à consommer à outrance, y compris l’info et le divertissement qui se prend et se jette à une vitesse défiant tout bon sens.

Facebook permet également davantage de liberté en terme de contenu ; on peut partager du texte de longueur raisonnable (contre seulement 140 caractères sur Twitter), plusieurs photos d’un coup, ainsi que des vidéos qui peuvent devenir très virales très rapidement, notamment grâce au démarrage automatique de la lecture de celle-ci sur le fil d’actualité.

Mais là où Facebook rame un peu, Twitter excelle ! Il est facile de se faire connaître en suivant une thématique grâce à la folie du hashtag, il suffit pour cela d’être pertinent, drôle, ou patient – mais bien souvent, un compte influent ou populaire dévoilera ces 3 qualités à la fois.

YouTube et Vimeo permettent le partage de vidéos bien sûr, mais pas que… Aller suivre d’autres vidéastes permet bien évidemment de s’inspirer, mais aussi et surtout de se faire connaître en likant ou commentant ce que font ces autres. C’est d’ailleurs ainsi que la fonction de « réseaux sociaux » prend tout son sens, il ne s’agit plus seulement de simples hébergeurs de contenus vidéos.

Instagram occupe aujourd’hui une place toute particulière chez les voyageurs, parce que « vendre » du voyage sur Instagram est bien plus facile que de vendre des pots de fleurs, aussi mignons soient-ils. Là aussi, il y a une histoire de hashtags à choisir intelligement pour apparaître dans les résultats de recherche et ainsi être davantage visible, mais encore une fois, il serait naïf de penser que les followers se bousculent au portillon pour notre seul talent ; la route du « like chez les autres » est longue et chronophage.

Nous pourrions parler de Snapchat, Vine, Pinterest, qui sont également des outils pertinents pour communiquer sur Internet, mais se cantonner « seulement » à Facebook, Twitter, YouTube (ou Vimeo) et Instagram demande un temps infini pour espérer pouvoir utiliser correctement le maximum de ce que ces réseaux-là ont à offrir.

Marketer son voyage sur les réseaux sociaux

Et cela prend tellement de temps, que l’on en arrive à se poser la question de « pourquoi faire tout cela ? ». Question légitime ; voyage-t-on pour soi, pour la découverte, la surprise, l’étonnement, la beauté, la déception, la curiosité, bref, pour ressentir, apprendre et s’évader… Ou voyage-t-on désormais pour partager à tout prix, à peine l’évènement arrivé ? On en oublierait alors presque le but premier du voyage, trop occupé à chercher un Wifi fonctionnel.

À cela s’ajoute fatalement une autre interrogation : pourquoi partager ? Par véritable nécessité de transmettre, ou par simple besoin égocentré d’être suivi, reconnu, admiré ?

Évidemment, cette question des réseaux sociaux se pose dans la vie en général, cela n’est pas du tout propre au domaine du voyage. De la même manière que l’on aurait tendance à embellir notre réalité sur les réseaux sociaux utilisés dans notre vie quotidienne (on postera l’instant « enfant mignon, sage et souriant » plutôt que l’instant suivant, à savoir « enfant qui fait une crise de nerf dans les allées du Monoprix »), on aura tendance à poster une photo paradisiaque du Taj Mahal, faisait fi de la horde de touriste se marchant dessus pour prendre LA photo que tout le monde a déjà vu 70 fois sur Google Images. Quoi qu’il en soit, si la question se pose tout particulièrement ici, c’est que l’on ne plaque généralement pas un emploi et un confort de vie pour passer des heures les yeux rivés sur son smartphone à l’autre bout du monde dans le simple espoir de voir grandir une communauté de cyber-copains dont on ne connaît ni d’Ève ni d’Adam les 98% qui la composent (il y a tout de même Mamie Huguette parmi les 2% restants, ne l’oublions pas).

Et puis à courir après le like, le risque est à moyen-long terme de littéralement « péter un plomb », à se demander pourquoi l’on gaspille tant d’énergie là-dedans. Voici donc 3 conseils pour que voyager et gérer ses communautés s’accorde en voyage avec amour et tranquillité :

1. Etre fidèle à soi-même
Ne s’improvise pas marketeur ou digital manager qui veut. A moins de vouloir faire de son blog et de son image de marque son métier (et encore, peu de blogueurs peuvent réellement vivre de leur blog), il est nécessaire de garder en tête les raisons du voyage et les raisons de la création de son blog (comme rassurer Mamie Huguette, par exemple ?).
Inutile d’aller faire du parapente lorsque l’on souffre de vertige, juste parce que cela pourrait potentiellement apporter plus de likes sur Instagram qu’une photo classique de « pieds à la plage ». Les blogs de voyage les plus authentiques se distinguent par leur singularité ; on suit un être humain qui a eu le cran de partir, pas un robot qui applique des préceptes marketing.

2. Permettre l’identification
Car, comme précisé 2 lignes au-dessus, on suit un être humain qui a eu le cran de partir, avec ses questionnements, ses doutes, ses problématiques et ses réalités. On se demande si nous aussi, on serait capable de la faire, cette rando en Patagonie. On apprécie connaître les raisons qui poussent à partir, les difficultés que l’on rencontre en voyage, savoir si on ne tombe pas systématiquement malade avec la bouffe indienne et si on peut se débrouiller sans parler mandarin en Chine. On a besoin de se rassurer, de voir que cela est possible, pour finalement peut-être avoir envie de se lancer à son tour, parce qu’après tout, pourquoi pas nous ?

3. Ne pas tout mettre en oeuvre pour « surfer sur les tendances »
Certaines destinations sont tendances, et chaque année, on peut noter une très franche évolution de ces tendances en matière de voyage. Nous abordons d’ailleurs le sujet à chaque début d’année, comme dans cet article publié début 2015, suite à la parution des 10 pays à visiter en 2015 par le Lonely Planet.
Nous ne sommes pas forcément convaincus que tous les voyageurs aient suivi les conseils du célèbre guide pour 2015 (qui est allé en Serbie et en Lituanie ? Levez le doigt !) mais rappelons-nous des vagues de départs vers Bali et la Thaïlande il y a quelques années, ou de la popularité de Sydney ou Montréal chez les Français… Non seulement, les prix et la fréquentation de ces destinations prisées augmentent considérablement parce qu’elles sont justement prisées, mais en plus elles auraient un peu tendance à perdre en authenticité. En découle alors une nouvelle tendance, celle d’éviter à tout prix les destinations dites « tendances » ! Quoi qu’il en soit, tout peut vite devenir très tendance, mieux vaut alors se fier à son instinct et à ses envies, de quoi en résulteront tout naturellement de bien meilleurs photos, articles, vidéos, parce que l’on y sera aller pour les bonnes raisons : celle de le vouloir vraiment.

En bref, utiliser les réseaux sociaux, c’est bien ; cela rend service, cela peut apporter beaucoup, jusqu’à ce que l’on réalise que les réseaux sociaux peuvent aussi se servir de nous pour nous desservir.

Comment faisaient les voyageurs il y a 15 ou 20 ans ? Ils profitaient et envoyaient des cartes postales à l’occasion ; Jean-Luc de la compta’ râlait de cette carte scotchée sur la machine à café.
Internet est un magnifique outil, mais ce n’est pas la vie. That’s the point.

Crédit photos :
Selfie : *Passenger* / Foter / CC BY
Smartphone et Instagram : Joseph.Morris / Foter / CC BY-ND
Smartphone et coucher de soleil : Daniel Piraino / Foter / CC BY-NC-ND

Written by Anne

Voyageuse, amoureuse des mots, de l'image et des autres humains en général, Anne a rejoint l'équipe Zip World après avoir pris le temps de voyager autour du monde en 2013 à la rencontre des Français de l'étranger, dont elle livre les portraits sur son blog personnel : www.allervoirailleurssijysuis.fr

2 Commentaires

  1. Les Bazos

    Merci pour ce très bon article qui remet les pendules à l’heure. Le partage, oui, pourquoi pas. Mais profiter du voyage doit quand même rester le maître mot. Effectivement, personnellement, je n’ai pas quitté mon boulot et ma vie en France pour passer ma vie sur ces activités chronophages, même si le fait est que j’y passe pas mal de temps… Ma vie en ce moment me le permet, mais je ne suis pas non plus en « panique » totale quand je n’ai pas de réseau…

    Bref, merci 😀
    Je partage !

    A.

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