Voyage et animaux sauvages en captivité : comment voyager responsable ?

Voyage et animaux sauvages en captivité : comment voyager responsable ?

Voyager, c’est découvrir l’Ailleurs sous toutes ses formes ; des traditions ancestrales aux coutumes locales, des langues en voie d’extinction aux tenues d’antan… C’est rencontrer des personnes ayant parfois des valeurs radicalement opposées aux nôtres et savoir les écouter humblement, c’est également se faire tout petit face à une nature indomptable, en découvrant une flore inconnue et une faune sauvage que l’on n’avait vue jusqu’alors qu’en photos.

Voyager, c’est également se confronter à d’autres manières de penser, de faire, et d’agir ; c’est remettre en question, douter, apprendre, mais surtout respecter, sans oublier que l’Homme est capable du pire, ailleurs comme ici.

En voyage, on est alors parfois confrontés à des choix éthiques qui se heurtent à nos rêves et à certains fantasmes de voyageurs… Monter sur un éléphant, caresser un bébé tigre, s’approcher au plus près d’un cobra terrifiant… Mais parce que « faire de l’argent » est devenu l’obsession numéro 1 de l’Homme moderne, ici comme là-bas, on découvre sans grande surprise que le tourisme de masse peut engendrer d’assez vilaines choses. Et parfois, le touriste ne voit pas, ou bien refuse de voir. Il est pourtant primordial de savoir où l’on s’embarque. Primordial de laisser certains de ses rêves à l’état de rêve, afin de ne pas encourager des pratiques révoltantes en coulisse.

Raton-laveur

Ces derniers temps, les blogs de voyageurs comme les médias les plus influents ont abordé le sujet et levé le voile sur certaines pratiques touristiques liées aux animaux, un peu partout dans le monde. Cela a notamment été rendu possible grâce à l’ONG World Animal Protection, qui a commandé une étude afin d’informer les voyageurs des impacts de certaines pratiques touristiques censées les amuser et les distraire. Sur le site de la World Animal Protection, on peut d’ailleurs lire en page d’accueil, sous la photo d’un éléphant : Wildlife. Not entertainers. Cela donne le ton.

L’étude, réalisée par l’Unité de recherche sur la préservation de la vie sauvage de l’Université d’Oxford (WildCRU) a été publiée en octobre 2015. Pour 24 « attractions » touristiques fréquemment retrouvées à l’étranger, elle évalue le bien-être des animaux concernés, mais également la préservation des espèces. Cinq critères fondamentaux (appelés les « Cinq Libertés » dans l’étude) ont alors été pris en considération : les animaux ne doivent pas souffrir de faim ou de soif, ne pas vivre dans l’inconfort, ne pas souffrir de douleurs physiques, ne pas être blessés ou malades, pouvoir se comporter naturellement en fonction de leur espèce, et ne pas vivre dans la peur ou éprouver de la détresse.

Suite à cela, l’ONG a pu dégager une liste très claire des 10 attractions touristiques les plus cruelles envers les animaux. Elle est à consulter en anglais dans le détail ici, mais en voici la traduction en français :

Les balades à dos d’éléphants

Pour que les éléphants se soumettent et fassent faire des « tours » aux touristes, ils sont retirés bébés à leur mère et soumis à un entraînement connu sous le nom d' »écrasement ». Ils sont maintenus dans une cage minuscule ou bien enchaînés, afin qu’ils ne puissent se déplacer que lorsque cela leur a été commandé. S’ils désobéissent, ils sont punis à l’aide d’un douloureux outil (armé d’une pointe métallique) ou battus avec des tasseaux de bois. Ce processus-là, qui peut durer de quelques jours à 5 semaines, a pour effet de « casser l’esprit de l’éléphanteau » : c’est pour cette raison qu’ils acceptent ensuite les touristes sur leur dos et tout autre contact avec les humains. Le traumatisme subit par le jeune éléphant peut perdurer pour le reste de sa vie. Il peut également souffrir de stress post-traumatique. Dans les parcs et fermes d’éléphants, ils ne peuvent créer de liens les uns avec les autres, ce qui est très préjudiciable pour leur bien-être physique et psychologique, au même titre que leur captivité. Ils sont souvent maintenus enchaînés ou dans des enclos trop étroits, et ne peuvent pas circuler librement comme ils le feraient dans la vie sauvage. À l’inverse de ce que les touristes ont tendance à penser, l’éléphant est l’un des animaux les plus dangereux à approcher pour l’être humain. C’est pour cette raison que des outils sont utilisés pour les contrôler. Ces outils peuvent les blesser gravement, notamment à cause des infections qu’ils peuvent causer. Les éléphants qui se retrouvent dans ces situations ne bénéficient généralement pas de soins vétérinaires ; un problème mineur chez un éléphant peut très rapidement devenir un gros problème, engendrant ainsi de longues souffrances pour l’animal.

Le pays où l’on retrouve le plus cette attraction touristique est la Thaïlande, mais c’est également le cas dans d’autres pays d’Asie, ainsi qu’en Afrique australe depuis une dizaine d’années.

Éléphants dressés

Prendre des selfies avec des tigres

Les tigres sont séparés très tôt de leur mère afin de servir de « sujet photo » pendant des heures auprès des touristes qui les touchent et les câlinent, avant d’être maintenus enchaînés ou enfermés dans de petits cages bétonnées. L’ONG World Animal Protection a découvert 10 sites abritant 614 tigres en Thaïlande, s’imposant alors comme le pays le plus cruel en la matière. Mais on retrouve cette attraction également dans le reste de l’Asie, ainsi qu’en Australie, au Mexique et en Argentine.

Marcher au milieu des lions

Les lionceaux sont enlevés très tôt à leur mère, généralement dans le mois suivant leur naissance. Puis, ils sont envoyés sur les lieux où sévit l’industrie du tourisme du lion, majoritairement en Afrique australe. Les touristes peuvent toucher les lionceaux et poser avec eux pour des photos. S’ils manifestent un comportement agressif ou désagréable, il est conseillé aux touristes de les frapper. Dès lors que les lionceaux deviennent trop grands pour que les touristes puissent les câliner – mais suffisamment jeunes pour continuer à être contrôlés – certains sont utilisés pour marcher auprès des touristes. Quoiqu’il arrive, ces lions resteront captifs à vie et ne pourront jamais être rendus à la vie sauvage.

Les visites de parcs à ours

Dans les parcs à ours, les ours sont maintenus dans des « fosses » surpeuplées avec peu, ou pas, de divertissement. Les ours étant très solitaires dans la vie sauvage, cette surpopulation génère des batailles et donc des blessures chez les animaux. Le stress associé à cette vie captive peut augmenter leurs chances d’attraper des maladies bactériennes. Parfois, les ours sont déguisés en clowns et doivent faire des numéros de cirque sur des vélos ou en se balançant sur des ballons.

Ours qui fait la sieste

Prendre des tortues de mer dans les mains

La dernière ferme de tortues de mer agissant comme attraction touristique se trouve dans les Îles Caïmans. Les touristes peuvent y prendre dans tortues dans leurs mains, et même les manger au cours de leur visite. Tenir une tortue dans ses mains cause à l’animal du stress pouvant affecter son système immunitaire et ainsi augmenter les risques de maladie. Récemment, près de 1.300 tortues sont mortes à la ferme suite à une infection. Les tortues de mer sont des créatures naturellement timides. Lorsqu’elles sont portées par les touristes, elles paniquent et agitent leurs nageoires, ce qui peut occasionner des fractures. Il arrive aussi que les touristes les fassent accidentellement tomber, cassant ainsi leur carapace (ce qui peut les tuer).

Les spectacles de dauphins

Des millions de touristes visitent les delphinariums sans être conscients de la cruauté et des abus que cela sous-entend pour les animaux. Les États-Unis font partie des pays ayant interdit la capture des dauphins en milieu naturel à destination des delphinariums, en raison des souffrances que cela implique. Les dauphins sont souvent chassés par des bateaux à grande vitesse, avant d’être transportés à bord ou pris dans les filets. Pour de nombreux dauphins, le stress est si intense qu’ils meurent pendant le transport jusqu’au delphinarium. Pour ceux qui arrivent à destination ou ceux qui sont élevés en captivité, il faut faire face à une vie de souffrances ; les dauphins passent leur vie entière dans un espace pas plus grand qu’une piscine – complètement non-naturelle et très restrictive en comparaison à leur environnement naturel. Les piscines sont généralement traitées avec du chlore, ce qui peut provoquer des irritations douloureuses pour la peau et les yeux des dauphins. Les dauphins peuvent également souffrir de coups de soleil car ne peuvent plus jamais se réfugier dans les profondeurs de l’océan. Leur écholocation – c’est-à-dire leur « système de navigation » interne – est perturbée par l’environnement si différent des rochers et coraux qui forment normalement leurs repères océaniques naturels. De nombreux dauphins sont également confrontés à des maladies liées au stress, comme des crises cardiaques et des ulcères gastriques.

Dauphin en captivité

Les singes dansants

De nombreuses espèces de primates sont utilisées pour de l’animation de rue, mais l’ONG a également découvert 290 lieux d’abus offrant des « spectacles de singes » en Thaïlande. Les jeunes singes sont entraînés de façon agressive et douloureuse, dans le but de les faire marcher et se comporter comme des humains. Ils sont souvent vêtus pour ressembler à des geishas et forcés à danser et à faire des numéros pour les touristes. Lorsqu’ils ne font pas de spectacle, ils sont enchaînés ou gardés en cages. En grandissant, les chaînes s’enfoncent dans leur peau, ce qui peut causer de graves et douloureuses blessures.

La visite des fermes de café de civette

Une simple tasse de café de civette (ou Kopi Luwak) peut rapporter jusqu’à 100$. Les civettes adorent manger les grains de café, qu’elles digèrent et « rendent » sous formes de pastilles dans leurs excréments. Lorsque ces pastilles sont collectées dans la nature, aucun mauvais traitement n’est infligé aux animaux. Mais dans l’idée de produire plus de café, les producteurs ont commencé à capturer les civettes et à les garder dans des cages surpeuplées, en les encourageant à manger bien trop de grains de café que ce qu’elles feraient en temps normal. Ces conditions de vie et cette mauvaise nutrition engendrent des maladies, mais également un fort stress pouvant aller jusqu’à l’auto-mutilation pour les petits animaux. Cette industrie est surtout présente en Indonésie.

Civette indonésienne

Les performances de charmeur de serpent et d' »embrasseur » de cobra

Les shows de charmeur de serpent existent depuis des centaines d’années. La dernière nouveauté à la mode en Thaïlande inclut pour le charmeur d’embrasser un cobra. Ces animaux venimeux à la morsure pouvant être fatale pour l’homme sont généralement capturés dans leur environnement sauvage. Puis, à l’aide de pinces métalliques non-aseptisées, leurs conduits de venin sont bloqués ou enlevés. Cela peut créer des infections mortelles pour le cobra.

Les fermes de crocodiles

Dans une ferme de crocodiles, on trouve un nombre important de crocodiles gardés et élevés dans un endroit restreint – principalement pour satisfaire l’industrie de la mode grâce à leur peau, mais également pour leur viande. Ces fermes sont aujourd’hui également devenues une attraction touristique. Les touristes viennent pour les voir… puis pour manger leur viande au restaurant sur place. Les conditions de vie de ces fermes sont généralement telles que les crocodiles peuvent en mourir (fosses en béton surpeuplées et insalubres). Les crocodiles sont des animaux très sensibles au stress, et dans des conditions de stress élevé – comme dans une ferme de ce type – ils peuvent faire des septicémies car le stress les empêchera de combattre l’infection. Les risques d’infections sont liées au fait que les crocodiles se battent entre eux pour survivre, parfois jusqu’à la mort.

Il est à noter que les 10 attractions touristiques présentées ci-dessus sont le résultat d’une libre traduction (réalisée par nous-mêmes) des résultats de l’étude menée par l’ONG World Animal Protection, consultable en anglais ici. Cet article n’a pas pour vocation de donner des leçons aux voyageurs, mais d’éventuellement les amener à réfléchir sur les visites de fermes/attractions de ce type.

Photo à la une : Jan Videren
Raton-laveur : Kevin Chodzinski
Éléphants : ZEROZLIN
Ours : Christine A
Dauphin : Bertrand Duperie
Civette : Thabo Zijlstra

Written by Anne

Voyageuse, amoureuse des mots, de l'image et des autres humains en général, Anne a rejoint l'équipe Zip World après avoir pris le temps de voyager autour du monde en 2013 à la rencontre des Français de l'étranger, dont elle livre les portraits sur son blog personnel : www.allervoirailleurssijysuis.fr

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